Extraits d’ « À L’AUBE DES TRAVERSÉES » de MAKENZY ORCEL publié aux Éditions Mémoire d'encrier







À l'aube des traversées 



Pour Pierre-Richard, Fedner,
Damas, Schélomi Lacoste



hier encore
la main qui transitait la chute
singeait aussi l’étoile
je disais que l’image
avait ceci de suffisant
qu’elle est la progression tangible
de l’ailleurs et du tragique

le temps
était cette vielle coincée
entre la mort et la minijupe
de l’inconnue

terre transe
flottante
avide…

terre
coït
au risque de naître
à l’autre bout du signe

hier encore
tu roulais dans cette rue triste
parmi tant de tohu-bohu
de quotidiens de fortune
dans cette petite voiture blanche
qui crachait ton destin
par son tuyau d’échappement

terre précoce
telle l’apparition de l’inconnue
passerelle
vers nos vieux jours bleus

main
en furie sur
le clavier

musique
des tangages

terre
partout mienne

pirogue
sous les décombres
de l’enfance

patchwork fluvial
que le désir ébauche
dérive

ma plus lointaine
ombre

le corps fait
son ancrage du sol
ornière sanglante

lame qui baise
la ligne

terre
insomnie des mirages

miroir distillé
en d’infinies voiles
à l’aube
des traversées

nulle clarté
n’atteint le cri
nulle échancrure
le rêve

terre en nous
évadée
avec ses fantasmes
de puzzle

les vagues
dans leur infini étirement
théâtralisant
ta sève

ruissellement
de lucioles

le vent
célèbre
l’averse des branches
l’infinie chevelure
du vinyle brûlé

le vent vient
de tes yeux
métaphores marines

du signe surgit
la nuit des mangroves
la houle orgasmique
des dunes
des dieux

ce n’est pas toujours
avec du sang
qu’on pénètre
l’octobre des chutes

terre tarie
jusqu’au bâillement

éblouissante blessure
au déluge
des chants

volutes
mouillées de vulve
bouées à la mer

terre
nue
nouée à l’encre

terre
nuit
dont le fleuve
repeuple la fêlure

de la fulgurance étoilée
aux décombres
de l’image





Pour Franckétienne

abîme
jusqu'à la limite
et l’infinité

aile incessible
aux bleus
de la distance

le vent
quand la cime
ponctue la traversée

les routes fuient

encore des routes
et le froid déchire
l’image

blues
en milles gorges
d’insomnie

terre
fleur d’hématome

roulis intérieur

le temps bute
sur la page

feu émergé
de tes lèvres

fenêtre blessée

en tirant
la chasse d’eau
j’aspire à l’au-delà

l’eau dévoile
tes bruissements

la mort est le miroir
de l’immense

terre
damnée de l’étreinte

étale
étanche
en son cri

ailleurs

préfèrent
mes fuites

vestiges d’oiseau
que rythme
l’intime

terre
douloureuse traversée

le vœu transfuse
à la comète
l’allure des profondeurs

pierre
à tisser le feu courbé
de l’échine

le soleil ondule
au loin

le sang hostile
à la résonance
du baiser

le fruit
dans ta chute
ressemble plus à un îlot
qu’à un sein

éblouit la sève
telle l’absence
l’euphonie des armes

terre
qu’il nous reste
à raconter
avec des chants
sourds d’écume
des mots crevés

terre névrose

ressassement
de la houle




Pour Roland


aussi subtile
que la comète
l’eau ne transhumera jamais
nos solitudes
nos cris

l’eau se nourrit de larmes
se noue à la terre
et fait de la dextérité de l’araignée
sa dérive
ses rêves
de gribouillage

terre
épures d’yeux
épars sur la rive

vies
en cavale
offertes
à la cécité du sel marin

le chemin
est-ce l’oiseau
ou la fissure dans
le mur ?



Extrait d’ À l’aube des traversées et autres poèmes. Éditions Mémoire d’encrier, Montréal, 2017. pp 27-46.




À PROPOS DE L’AUTEUR :


© Christophe Cellier
Poète et romancier né en 1983 à Port-au-Prince, Makenzy Orcel fait ses études classiques au Collège Adventiste de Diquini et poursuit ses études à la Faculté de Linguistique Appliquée de Prince-au-Prince jusqu’à ce qu’il abandonne ses études pour se consacrer à la lecture et à l’écriture. Il est une des grandes promesses de la littérature contemporaine haïtienne. Il est l’auteur de plusieurs recueils de poèmes et de remarquables romans : Les immortelles (Mémoire d’encrier, 2010), Les latrines (Mémoire d’encrier, 2011), L’ombre animale (Zulma, 2016). Lui ont été décernées de nombreuses distinctions, dont les Prix Louis Guilloux et Littérature-Monde. Makenzy Orcel vit à Port-au-Prince.




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