Extraits de « RÊVES D’ORCHIDÉES » de MARGUERITTE C. édité par les Amis de Thalie (2017)





avant-prélude


amour peines mort que le temps n'efface pas triade qui m'a
forgée depuis l'enfance triade me clouant de ses fils ténus au
centre du motif où parfois la vie telle un tambourin lune résonne
et dénoue un fil me hissant chaque fois plus près des bords
jusqu'à effleurer le cadre de fil en fil de note en note le tableau
absout l'immobilité je me détache de l'intime à la rencontre du
réel

je suis hors cadre



enserrée
en son centre
pieds et mains entravés par les angles
je cherche
la brèche du tableau
d'où jaillira
l'évidence de la marge

un coin se corne
un envol se devine

je m'écarte
suivre ce fil brouillant le tableau
je désire la brèche
déserter le troupeau
franchir l'angle
s'ouvrir
à l'intervalle

l'ébauche des surfaces
attire mon regard

souveraine
je transgresse
le cadre




la rose et la mort


la mort
dans ses ténèbres
mon corps
fendu

la mort à l’appel de l'automne
les larmes déchireront mes nuits
plus tard

je vivrai
par la grâce de la rose





un bateau


sur les quais mouillés de brume
parmi les fientes et les cordages
j'arpente les mots

intense le gris maquille les maux
dilue tes souvenirs
épaves livrées
à l'éternité

le sel assèche mes images
et consume un passé déjà livide

la mer renvoie l'écho d'un bateau
prisonnier de ton regard

penché sur le traict*
il enlise mes sentiments



* Bras de mer s’enfonçant dans les terres et alimentant les marais salants de Guérande
(Loire Atlantique).

                              Ë







prisonnière


de ta peau
je me souviens
voyages nocturnes
éclairés par
la tendresse d'un feu

à la courbe de nos chemins
nos doigts
dérivent lents
nos sexes flamboyant
de l'extase à venir

de ta peau
je me souviens
blessure
féodale







racines


doigts du passé
froissant la bure et le lin
rêve de soie aux pierres
tant précieuses

doigts de coton
et de laine défunte
exils aux voyages lointains

doigts aux ceps archaïques
mariage du noir et du blanc
sous le chêne

doigts de feuille
troublés
par la sève ancestrale

vertige de la main sur mon cahier de nuit






rêverie végétale


un pas
le silence

dans la forêt
le vent

le sable de grès
froisse mon pas

bruissement de lierre
consommant la chair végétale
sculpture
où le rêve se déplie
à la verticale

un arbre éveille
à ses pieds
la terre de feuille et d'eau

un arbre

courbe
puisant à la vie

les mots excisent
ma rêverie
s'abreuvant de la sève
scripturale

les mots
dans le silence
végétal







sources


qu'arrive la nuit
quand le crépuscule se fait ombre

qu'arrive la nuit

au jour perdu
retrouver les rêves

histoires
fractales
les mots enfouis
labourent
la pensée souterraine

vagabonds de la Raison
biaisant les paroles dérobées
à la voix des dieux
ils emportent les mystères
griffés
sur la scansion de la nuit







passé de lichen


les chemins
désaltèrent mon regard

les roches
appellent la tendresse
des corps

j'allonge ma main sur la pierre verticale
les glyphes de lichen
s'impriment en moi

le passé
rejoint les mots
d'aujourd'hui






le thé de l'amour


ce matin

le thé de l'amour
reflète l'écho
des saveurs orientales

des volutes de gingembre
montent
le sable et la roche
du désert flamboyant

le désir envahit
les murs

le thé de l'amour
insuffle
à nos lèvres
des fragments de douceur
où les mots
se marient
intenses

vos doigts de sable blanc
s'écoulent sur mon corps
mes doigts de feuilles
frissonnent votre peau

le thé de l'amour
dans ma gorge






orchis


perdue dans mes limbes
alcool et poésie sur les verres
je danse les mots dans ma bouche
vous dormez
je rêve vos silences

les images dérivent comme mes lèvres
suspendues à vos orchidées



PRÉSENTATION DE L’AUTEURE DU TEXTE :

L'écriture pour Margueritte C.? Un bâton de poète qui relie la mémoire à la voix sur parchemin devie. Publiée par la revue graphique Sous-Vide, et par divers sites numériques, Création et Poésie, le Forgemots, la revue Méninge, 17 secondes, Le Festival permanents des mots etc., elle s’implique dans la vie poétique en participant activement à la publication de la revue grenobloise PoésieVivante. Présidente de l’association des éditions Sciriolus basée à Grenoble, elle promeut la poésie contemporaine dans la région Rhône Alpes Auvergne (Anthologie des courts-circuits, avril 2017).Elle a elle-même auto-produit ses recueils (Bruissements paysagers (2014), De bas et de hauts (2014), Les soleils de l’exil (2015), Écrits de chair et d’absence (2015), Archer de faille et de lumière (2016). En 2017, les Amis de Thalie, ont publié son recueil Rêves d'orchidées. Elle prépare un recueil où domine la thématique de la langue et du souffle de la création. Elle s’implique également dans la vie de quartier grenobloise en organisant et en participant à des déambulations poétiques et des soirées poétiques.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

VEINES MARBRÉES et autres poèmes de SALVATORE GUCCIARDO

© Salvatore Gucciardo Veines marbrées Blancheur De la volute Le graffiti illustre Le sfumato de l’âme ...