CAPITALE DU GRIS et autres poèmes de CHARLES ORLAC






Charles Orlac, né en Italie en 1953, a vécu sa jeunesse dans le sud de la France avant de s'installer à Paris en 1980.
Agrégé de musique et diplômé d'une maîtrise d'italien, il partage son temps entre l'enseignement, son activité de musicien et l'écriture. Son recueil de poésie « vie d'origami et autres pliages » est paru chez Edilivre en septembre 2016. 
Quelques-uns de ses textes ont été publiés dans diverses revues de poésie comme  Le Capital des Mots, Lichen, Recours au poème, Comme en poésie, Traction braban, Festival Permanent des Mots.

Charles Orlac (pseudo)
Charles Bruno : 16 villa des Buttes Chaumont 75019 Paris




CAPITALE DU GRIS


Il est des capitales de la couleur
Et puis Paris
Souterraine capitale  du gris
Ombre pour ceux qui ne furent que l’ombre
Là-haut en surface l’hiver, le bruit
Et puis la bouche du métro
Accueillante à s’endormir
Glissante à en mourir
Faïence froide de l’oubli



MÉMOIRES


Falaise crépitements de blanches mouettes
Sur le tableau noir la craie se  rappelle
Le vent, les courses, les surplombs d’azur
Elle qui n’est plus sous les doigts
Que poussière d’enfance à présent
                      
                      
La mémoire des choses perdues
S’imprime dans le vent
Et le vent me décoiffe encore
Moi qui suis chauve depuis longtemps



MINIATURES

Je sentais sa présence
Comme un sourd entend
La musique dans
Les mouvements de la danse

Garrigue irriguée de soleil
Dans mon cœur sec ta lumière

À l’heure méridienne
Soleil
Esseulement
Sur le chemin des orphelines
Flotte la chevelure du vent

Entre les briques des jours
Ont nidifié les mots
Des futures lamentations

On a tous sa part de Dieu
Un milan plane au-dessus de nous
Et nous touche de son ombre

Il existe une gare où descend
L’immensité

Marseille
Une treille au-dessus de la mer
Illuminé d’ombre
Ton corps sarrasin
Perle de sueur

Une gorgée de paradis

Sur la mer descend
La pensée coloriste
Du soir

La mémoire des choses perdues
S’imprime dans le vent
Et le vent me décoiffe encore
Moi qui suis chauve depuis longtemps





SUD


Je connais l’heure arpentée au surplomb d’azur
L’iris irisé de ses yeux taillés en barque,
Tout en bas, l’envie forte de plonger
Dans cet ombilic de limbes océanes
C’est comme un amour qui t’appelle
Et la mort aussi, avec ses xylophones d’algues.
Dans le fracas du rêve finit le saut de l’ange
Et le sentier aux senteurs de passé,
Pauvre garrigue au fond des saladiers

Je reconnais ma terre
Dans l’odeur de la pluie,
L’écrin des sourires
Qui s’éveillent au désir,
L’encore tourmenté
Sachant les paradis
Toujours artificiels,
La réalité des parenthèses
Et le vide qu’elles enserrent
Je reconnais ma terre
Dans l’éclat du soleil
Quand brillent sur la voie électrique
Les sabots ferrés des locomotives





ANDALOUSIE

Les persiennes font mienne
L’ombre des siestes
Un rêve naît strié de banderilles
Avec ses gradins de collines
Son or et son arène
Un rêve de tauromachie
Avec ses flamands roses
Et ses noirs flamencos
Leurs noces de sang
Et ce long rituel
Qui fait couler le rimmel de l’été





À  CELLES
À celle qui
Verse l’eau fertile sur les sables de la nuit
Qui barre la route aux vaines encyclopédies
À celle des
Restanques lézardées sous l’effort de mémoire
Celles des
Villages perchés jeunes filles ou grand-mères  loquaces
Leurs collines en marche vers des golfes rutilants
À celle des
Oiseaux prénommés de couleurs
Des ravines calcinées et leur bouche plus grave
Celle des
Portraits d’anonymes sous la plume désennuyée
Quand la pensée en panne se cherche un vocabulaire
Celle qui
Souligne les crêtes arpégées d’une glorieuse brume
À celle des
Parapluies emmurés qui désamorce les malheurs
Qui rapatrie dans leur brousse
Les taxis aux cœurs embouteillés
Celle qui
Rive les ciels nocturnes de réverbères-pleines lunes
Pour tous les mécréants qui craignent
Un jour de les voir s’écraser
À celle des
Abris-bus aux sans-abris parasités de matins clairs
Parasités du luxe de l’espoir
À celle qui
Revêt le vent de pardons jaunissants
Quand sous la porte il glisse paupières mi-closes
Celle qui
Garde-barrière se soulève
Quand passent les soleils couchants
 À celle des
Volontés puissantes, des barrages défiant les montagnes
Celle des
Garrigues hiérarchisant les parfums les heures
Celle des
Après-midi incendiés de crépitements d’insectes
À celle qui

Écosse les jours et les délie de leur fil spatio-temporel
Celle des
Balustrades-belvédères où s’arrête la parole
Où le regard vient à nouveau tout unifier tout simplifier
Pour mieux partager l’éternité ainsi retrouvée
À celle qui
Coule l’horloge de cire dans nos cerveaux flottants




ENFANCES VOIX PRISONNIÈRES

Sous le pont clapote la lumière
Mille picotements à fleur d’eau
Du verre en poudre pour les yeux
Un passage clouté sous les pieds de Dieu

Sous le pont se reflète une voix
Elle salue l’eau salubre du fleuve
Les miroirs envoûtés où se meuvent
Les corps et les âmes d’autrefois

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