SUR LA PLACE PUBLIQUE de GASTON MIRON

Ainé d’une famille de cinq enfants, Gaston Miron est né en 1928 à Sainte-Agathe-des-Monts. Il a 12 ans lorsque son père décède. À 19 ans, il quitte le milieu familial et s’installe à Montréal. Le jour,  il exerce un peu tous les métiers :  commis de bureau, instituteur, serveur...Le soir, il étudie les sciences sociales à l’Université de Montréal et rencontre Olivier Marchand qui le met en contact avec la poésie moderne :  Éluard , Desnos, Aragon…

Co-fondateur des éditions de l’Hexagone,  inlassable animateur de la vie poétique québécoise , essayiste et anthologiste, ardent militant de la cause indépendantiste , Gaston Miron est d’abord et avant tout un immense poète.

En 1970, il réunit finalement, sur l’insistance d’amis, les poèmes qu’il a publiés dans les journaux et revues depuis les années 1950. L’ouvrage, paru aux Presses de l’Université de Montréal, s’appelle L’Homme rapaillé. Il connaît instantanément un succès qui ne s’est jamais démenti. Le recueil Courtepointes paraît quant à lui en 1975.

Miron, dont l’œuvre peut être décrite comme un chant d’appel à la liberté d’un peuple, a mieux que quiconque donné la clé de son parcours de poète et de militant :  “L’affirmation de soi, dans la lutte du poème, est la réponse à la situation, qui sépare le dehors et le dedans. Le poème refait l’homme.”

L’œuvre de Gaston Miron a été couronnée par de très nombreux prix et distinctions, parmi lesquels le prix Québec-Paris, le prix de la revue Études françaises, le prix Canada-Belgique, le prix de la Ville de Montréal,  le prix Duvernay, le prix Apollinaire, le prix Molson du Conseil des arts du Canada, la médaille de l’Académie des lettres du Québec et le Prix international de la paix.



SUR LA PLACE PUBLIQUE
RECOURS DIDACTIQUE


Mes camarades au long cours de ma jeunesse

si je fus le haut-lieu de mon poème maintenant

je suis sur la place publique avec les miens

et mon poème a pris le mors obscur de nos combats



Longtemps je fus ce poète au visage conforme

qui frissonnait dans les parallèles de ses pensées

qui s’étiolait en rage dans la soie des désespoirs

et son coeur raillait la crue des injustices



Or je vois nos êtres en détresse dans le siècle

je vois notre infériorité et j’ai mal en chacun de nous



Aujourd’hui sur la place publique qui murmure

j’entends la bête tourner dans nos pas

j’entends surgir dans le grand inconscient résineux

les tourbillons des abattis de nos colères



Toi mon amour tu te tiens droite dans ces jours

nous nous aimons d’une force égale à ce qui nous sépare

la rance odeur de métal et d’intérêts croulants

Tu sais que je peux revenir et rester près de toi

ce n’est pas le sang, ni l’anarchie ou la guerre

et pourtant je lutte, je te le jure, je lutte

parce que je suis en danger de moi-même à toi

et tous deux le sommes de nous-mêmes aux autres

les poètes de ce temps montent la garde du monde



Car le péril est dans nos poutres, la confusion

une brunante dans nos profondeurs et nos surfaces

nos consciences sont éparpillées dans les débris

de nos miroirs, nos gestes des simulacres de libertés

je ne chante plus je pousse la pierre de mon corps



Je suis sur la place publique avec les miens

la poésie n’a pas à rougir de moi

j’ai su qu’une espérance soulevait ce monde jusqu’ici.


MIRON, Gaston, L’Homme rapaillé, Montréal, L’Hexagone, 1994, pages 84-85.


Pour vous procurer le livre, cliquez ici:<a target="_blank" href="https://www.amazon.fr/gp/product/2892951461/ref=as_li_tl?ie=UTF8&camp=1642&creative=6746&creativeASIN=2892951461&linkCode=as2&tag=0000777-21&linkId=3b2981a646fa66d7c7d7938c6893489f"><img border="0" src="//ws-eu.amazon-adsystem.com/widgets/q?_encoding=UTF8&MarketPlace=FR&ASIN=2892951461&ServiceVersion=20070822&ID=AsinImage&WS=1&Format=_SL250_&tag=0000777-21" ></a><img src="//ir-fr.amazon-adsystem.com/e/ir?t=0000777-21&l=am2&o=8&a=2892951461" width="1" height="1" border="0" alt="" style="border:none !important; margin:0px !important;" />

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

VEINES MARBRÉES et autres poèmes de SALVATORE GUCCIARDO

© Salvatore Gucciardo Veines marbrées Blancheur De la volute Le graffiti illustre Le sfumato de l’âme ...