AU RAS DE LA TERRE de GATIEN LAPOINTE


Né en 1931 à Saint-Juste-de-Bellechasse, Gatien Lapointe étudie au Petit Séminaire, à l’Ecole des arts graphiques, puis à l’Université de Montréal et à la Sorbonne, Professeur au Collège militaire Saint-Jean de 1962 à 1969, il anime dès 1969 un atelier de création à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Deux ans plus tard, il fonde dans cette ville la maison d’édition Ecrits des Forges.
Poète et écrivain, il remporte en 1962 le prix du Club des poètes ; en 1963, le prix du Gouverneur général, le prix du Maurier et le Prix de la province de Québec pour Ode au Saint-Laurent. Il remporte de nouveau ce dernier prix en 1967 pour le recueil  Le Premier Mot. Lapointe reçoit en outre le Prix de littérature Gérald-Godin à titre posthume en 1984.
Le Grand Prix du Festival international de la poésie est remis annuellement en son honneur.
« J’écris pour devenir ce que je suis depuis toujours, et j’imagine ce que je ne connais pas encore », dit Gatien Lapointe, traçant ainsi un ambitieux programme qu’il saura pleinement accomplir.






AU RAS DE LA TERRE

Assez du ciel du sable et des mots sans défaut
Assez de l’illusion qui me voilait les yeux

Montrez-moi le monde violent et très beau
Montrez-moi l’homme apprenant la souffrance
Et la chaleur de la nuit qui l’abrite
Et l’âpreté du soleil sur sa nuque
Et la rude espérance et la haute justice
Et la patiente fidélité de la terre

Montrez-moi l’homme apprivoisant son cœur
Rosée après désert repos après fatigue
Et toute l’odeur des racines dans sa bouche
Et toute la sève de l’arbre dans ses veines
Et toutes les saisons et toutes les forêts
Marchant à pas de chevaux dans sa chair

Montrez-moi l’homme sur le seuil de sa maison
Faisant monter d’une caresse de la main
La musique puissante et tendre de la terre
L’étoile verte et souple à gauche de la femme

Montrez-moi l’homme baptisant dans la rivière
Allumant sur la colline un feu familier
Montrez-moi l’homme partageant l’huile et le pain
La lumière du jour et l’outil quotidien

Montrez-moi aussi l’homme en proie au doute
Cherchant une vérité d’homme
Dans les battements de son sang
Cherchant dans l’arbre divisé son cœur jumeau

Montrez-moi une image de l’homme très jeune
Plantant son corps dans l’espace et le temps
Animant un paysage à sa taille
Montrez-moi cet homme de mon pays

Alors je répondrai du destin qui m’habite.


LAPOINTE, Gatien, Ode au Saint-Laurent précédée de J’appartiens à la terre, Trois-Rivières, Editions du Zéphyr, 1985, pages 11-12.





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