Extraits de "IL EST GRAND TEMPS DE RALLUMER LES ÉTOILES" de GARY KLANG


Gary Klang, né le 28 décembre 1941 à Port-au-Prince, est un romancier, poète, dramaturge et essayiste haïtien installé au Québec.


Son œuvre est très variée : poèmes, romans, essais, nouvelles et une pièce de théâtre. Le 14 juillet 2000, l’Union Française le choisit comme parrain de la fête nationale tout en lançant son recueil de poèmes « La Terre est vide comme une étoile ». Depuis 2005, Gary Klang est président des écrivains francophones d’Amérique, section de Montréal. Il est aussi membre de l’Union des écrivains québécois (UNEQ), du Pen club Haïti et de l’Association des écrivains de langue française (ADELF), et fait partie du conseil d’administration du Pen club Québec. Il est membre correspondant de l’Académie européenne des sciences, des arts et des lettres, et a été nommé pour le Grand Prix de littérature haïtienne en 2004, avec entre autres Franketienne, Edwidge Danticat, Jean-Claude Fignolé, Josaphat-Robert Large, Dany Laferrière, Odette Roy Fombrun et Leslie Manigat (ancien président d’Haïti et le gagnant du prix).

Klang quitte Haïti dans les années 1960, sous la dictature de Duvalier. À Paris, il fait toutes ses études littéraires à la Sorbonne, de la propédeutique au doctorat (avec une thèse sur Proust), en passant par la licence et la maîtrise (son mémoire porte également sur Marcel Proust).

Il se marie en 1973 à une Bretonne, Marguerite Le Friec, et la même année ils s’établissent à Montréal. Le couple a 4 enfants : Anne, Richard, Jonathan et Julien.

Gary, qui avait enseigné le français à Paris au niveau du baccalauréat, devient professeur de stylistique du français à l’Université de Montréal, tout en travaillant aux Éditions La Presse. N’aimant pas l’enseignement, il se lance dans la traduction et fait presque toute sa carrière dans l’une des plus grandes firmes d’ingénierie au monde : SNC-Lavalin. Il a pris sa retraite en 2005.

Klang est très actif dans le monde littéraire. Il a participé notamment au Festival des Étonnants voyageurs au Mali en 2006, au Colloque Jacques Roumain à Port-au-Prince en 2007, au Festival International de Poésie de Trois-Rivières au Québec et au Salon International des Poètes Francophones au Bénin en 2009.





Il  vient un temps
Où rien ne compte

Une heure
Où tout s’éclaire

L’on rit de la sottise
Et de l’opaque

Plus rien n’a prise

Dans un stade
Couleur de haine
On assassine en plein soleil
Une femme recouverte d’un voile noir

Dans un vieux stade
Couleur de mort
On exécute un petit être
Les yeux levés vers la lumière

Là-bas
Très loin du stade
Dans une cité couleur d’automne
Deux tours sont mises à mort
Deux tours  voilées de rouge et de poussière

Dans une cité couleur de deuil

Il pleure sur la ville
La fleur
Ne répond plus aux  caresses de la terre
Le ciel
S’ébroue
Comme un enfant qui joue aux rayons du soleil

Où que l’on aille
Cet œil qui pèse
Et juge

On  cherche et puis l’on creuse
La phrase s’étire
Les mots les pages

Mais rien n’y fait

L’obstacle est l’attirance
Et le frein le moteur

Grand mystère de la vase
Coquille lovée au creux des monts

Ah revivre l’attrait de ce grand lit d’Allemagne
Avec la couette qui manquait la poussière

La cité médiévale après le petit bois
Les rues pavées
Les colombages

Ô  corps perdu dans la noirceur

A  quoi bon
Le combat
La victoire
Les regrets et les larmes
Un jour
Nous serons terre parmi les pierres

La première de nulle part
Et le rythme se déroule
Une voix venue d’ailleurs
Dicte le choix

Mais l’homme
Quelle main l’a fait
Et d’où vient le poème

N’être pas où l’on est
Ne pas comprendre

Parler pour ne rien dire
La phrase glisse en surface

Les mots ne disent rien
Sinon l’inessentiel

Pas d’aurore
Ni de lien
Mais le plat
Comme un lac de novembre

Jamais plus n’aura les yeux ouverts à tous les vents
Pour qui chaque mot
Chaque phrase
Avait le goût d’azur
Tout comme jadis
Lorsqu’on partait
Riant aux nuages
Et à la brise
Riant
Pour rien
Pour tout
Si loin
Qu’on s’inquiétait
Ne pouvant pas comprendre
L’amour tout simple
Dialogue immuable
A la semblance du soleil des Tropiques
Tels deux amants dont les mots fusent
Comme le rire d’enfant

C’était la grande quiétude
Un long  jour qui s’étire

Ni mal
Ni souffrance
Mol édredon étendu sur la terre

Cette terre
Au seuil de la longue nuit
Où se mêlait la douceur des vieux jours

Moi qui rêvais d’un monde sans heurt
Et d’harmonie
De mer étale
De brise chantant dans les grands pins le soir
Lorsque dans la nuit calme
On n’entend plus que le bruit de l’insecte disant sa joie de vivre

Moi qui rêvais de vieux amis jusqu’au bout du voyage

On jouait aux billes et à l’Indien
La vie en songe
Le temps
Sans faille
Lisse
Comme un visage d’ange

Mais un beau jour

Était-il beau

La vie prenait couleur de cendre
Ils ont beau faire
La phrase ordonne le chaos et l’absurde
Donnant  un sens à la pièce qui se joue

Ils ont beau dire
Voici le rythme et le poème

La musique comme la fleur
Libre de toute contrainte

Longtemps
Le Verbe s’est effacé de la lumière
Ne voulant point paraître
Ou naissant sous le souffle des orgues
Souffreteux
Rachitique
Comme les fils de ces terres de soleil

Mais aujourd’hui
Le mot s’envole
Que plus rien ne retient

Je dis ce haut secret
Que vous ne comprendrez pas

Je parle dans le vide
Et hurle dans le désert des songes
Qu’importe
Une œuvre naît
Qui cheminera dans la jungle des hommes

Vaincre la peur
Redonner ses couleurs au soleil
Et à l’image d’Ulysse le sage
Poursuivre sans jamais baisser les bras

Au bout de la longue nuit d’hiver
Au bout du long voyage
Nous verrons poindre
L’aurore aux doigts de rose

Je porte en moi un monde qui n’est point mort
Monde plus vivant peut-être que le votre

Je porte en moi un monde qui renaît chaque jour
Il vient des profondeurs
Et n’a ni père ni mère
Surgi l’on ne sait d’où
Les premières notes suffisent
Et c’est une symphonie de la douleur
Dans les sinuosités de la phrase

Qu’importe le refrain
Ceci est la musique des mots

On m’a donné pouvoir
De métamorphoser l’impur

Les mots s’arrêtent au contact des choses
Faudra trouver le moule pour y mettre les fantômes

Nœud qu’on ne peut défaire
Nœud de maux
Nœud des mots
La voie droite seule

Faire fi de l’ombre
Et laisser faire

On espère de nouveau
Quand soudain tout s’arrête

Où donc bloque l’engrenage

Certains regrettent les temps anciens
Où les prophètes faisaient la loi
Ils veulent courir
Nus comme aux premiers âges
Rire comme jadis
A la lumière des réverbères

Cela n’intéresse plus les temps nouveaux

Mais l’homme de la lenteur rêve encore à ce qui fut

Dire oui
A tout
Au torrent des étoiles
A la mer de faïence

Dire oui
Au long fleuve noir
Au ciel sans lune
Et au soleil

Dire oui
A la tristesse
A l’amertume

Et puis refaire le monde
Retrouver l’harmonie
Par la géométrie des lignes

Comme une feuille égarée dans le vent
Qui cherche l’arbre qu’elle a perdu

Comme un enfant courant dans une ville morte
Cherchant en vain sa mère dans les décombres

Le poète court après des mots muets
Pour donner sens à l’indicible
Et à l’inexprimable

Après Hamlet
Le Roi Lear
Et Macbeth
Le barde se retira dans la sérénité des étoiles
Ivre de la plus grande œuvre
Heureux sans doute comme jamais l’on ne fut

Qu’a-t-il senti alors
Le poète infini
Qui chanta Rome et l’Egypte
Les petits et les grands
La cruauté
La vie
La mort

Qu’a-t-il bien pu se dire
Le barde
Le poète infini retiré sur ses terres

La mer s’enveloppe de brume
Et les lignes se dissolvent

Fuir le rivage et les sables
Et tout abandonner pour atteindre la lumière

La parole s’ouvrira au grand large
Embrassant le chant d’or
Et le cri des tempêtes

Ne plus chercher
Ni bien
Ni mal
Mais la couleur des cieux trempés d’azur

Mon opéra naîtra de l’arbre et de la terre échevelés
Comme Lear clamant le vide
Seul sur la lande
Abandonné de tous
Touchant le fond de la détresse

Déjà s’allument les feux du soir

Laisse le chant s’élever
Sans jamais l’enfermer


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KLANG, Gary, Il Est Grand Temps de Rallumer les Etoiles, Montréal, Mémoire d’encrier, 2007, pages 14-37.
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