VEINES MARBRÉES et autres poèmes de SALVATORE GUCCIARDO


© Salvatore Gucciardo


Veines marbrées


Blancheur
De la volute
Le graffiti illustre
Le sfumato de l’âme

Fatras d’écume
Dans la bouche
Du chaos
Profondeur
Océane

Pourrais-je
Atteindre
Le dôme du ciel
Avant que la neige
S’éternise
Sur les veines du marbre

La brindille s’est courbée
Près des portes closes
Faisant fuir
L’oiseau bariolé

Où est le ruban carminé
Fixé sur les cheveux dorés
De la sylphide rêveuse

La licorne a perdu
Sa  corne  sacrée
En voulant atteindre
Le mont éthéré



La pulsion des ans


Mémoire
De vipère
De sang
Et d’eau

Toute la toile
Du monde
Sur les lèvres
Gercées

Surgit
La pulsion
Des ans
Sur l’enclume
Des émotions

On évoque
Le feu d’artifice
La rage olympique
Le poids
Du granit

Le grillage
En fer
À l’orée
De l’automne

Visage buriné
Volutes
Ébouriffées
Poussière d’os
Et de chair
Semailles
Éparses



L’onde vagabonde

Ton visage d’odalisque
Aux lèvres pourprées
La verticalité ondulante
De ton nez aquilin
La saillie arquée
De tes yeux

La masse touffue
De tes cheveux auburn
Donnent une aura
A ton effigie

Rougeur impulsive
Tes joues en feu
Le rêve étoilé
Dans l’éclat
De la nudité

Aucun artifice
Dans la poésie
Rien que l’émotion fébrile
Dans l’embrasement
Du corps

Comme l’onde vagabonde
Tu te laisses emporter
Par la houle de vagues

Codes secrets
Frissons intenses
Ombrée d’ébène
Et de coquelicot

Le ressac de la mer
T’emporte
Dans le tourbillon
Fiévreux


La spirale de la vie

S’écoulent
Les jours
Les nuits
Sous la pulsion
Des vents

Aux rythmes
De mélodies
Musicales

Coule la rivière
Dans  les sillons
Des saisons

La pluie
La neige
Épousent
Le brouillard
Le soleil

Reviennent
Les hirondelles
Le tourbillon
Des sentiments
Des émotions

Les amours
Naissent
S’évanouissent
Sous le regard
Du ciel

La vie rayonne
S’embrume
S’éclate
Se meurt

Renaissent
Le soleil
L’espoir
La rose
Et ses épines



Reflet

Le flux
Submerge
L’esseulé
Le lac reflète
La nudité
De la divine

Sur son visage
Scintillant
Ondule
Sur l’onde azurée

L’ange se débat
Avec son ombre
Fiévreuse

Le cygne agite
Ses  ailes blanches
S’enivre
La muse
Rayonnante

Le tourbillon
Des émotions
Agite
Le souffle
Du vent

Affluent
Les images colorées
Les courbes lascives

Les mains
Caressent
La chair en feu



L’aube apaisante

Remonter
Des profondeurs
Abyssales
Le rayonnement
D’une étincelle

La beauté
De  l’éther
Et la vertu océane

Le bleu cristallin
L’insondable
Silence
De l’aube
Apaisante

L’embrasement
De l’embryon
L’innocence opaline
D’une étoile naissante

Parcourir
L’effervescence
De l’écume primitive

Pour aviver
Le voile opaque
D’un rêve
Brisé  

Afin de restaurer
La paix des âmes



L’âme obombrée

Le noir
Le blanc
Bouche
A bouche

Les mains
Voyagent
Sur le corps
En feu

Perdus
Dans la foule
On cherche
Une issue
Dans les méandres
Du labyrinthe

Dialogue
De sourd
Éruption
D’émotions
Abstraction
De sentiments

L’âme
Obombrée
Aspire
A l’apaisement



Rougeur musicale

Volutes de limbes
Sur la dorsale
Où l’ombre
Et la lumière
Dessinent
Le volume  
Des courbes

Évasion musicale
Arabesques sauvages
Le ballet en transe
Visualise l’osmose
De la nymphe

Sarabande émotive
Festivités colorées
Profusion d’ondes
Magnétiques

Les pulsions
Du volcan
Colorient le ciel
D’un rouge flamboyant

Éruption volcanique
Méandres en feu
L’âme communie
Avec le friselis
De la chair

La rougeur de la cerise
Sur les lèvres humides
Aréole agitée
Corps en fusion




La fièvre créatrice


Les eaux agitées
M’emportent
Vers le déferlement
Houleux
De l’éblouissement

Le jeu des miroirs
Me projette
Vers les abysses
Du subconscient

Évasion jubilatoire
Magnétisme rétinien
Embrasement du moi
Effervescence créative
Orchestrée
Par une force inconnue

Les ouragans
Émotionnels
S’unissent
Pour célébrer
L’incandescence plastique

Sous le souffle puissant
De  la fièvre créatrice
L’œuvre d’art
Devient un festin
Un plaisir
Pour l’âme humaine




La spire émotionnelle

Oscillation d’albâtre
Les corps en vrille
Vision dantesque

Torsions vibratoires
L’éclair et le tonnerre
Dans la bouche
Du volcan

La spire émotionnelle
S’affiche
Dans l’éclat du soufre

Les néréides
Surgissent
Du sable humide
Pour exhiber
Leurs nudités
Perlées

Parcours hachuré
Ruissellement
D’ombres agitées
Les ondes
Effervescentes
Dans les rétines
Du jour

L’ambiguïté
Du Je
S’enroule
Dans les tentacules
Du labyrinthe

Destin en orbite
Le souffle
Du geyser
Dans l’embryon
De l’âme













Chronique: SALVATORE GUCCIARDO a lu LES ÉCRIVAINS NUISENT GRAVEMENT À LA LITTÉRATURE d' ERIC ALLARD

Éric Allard, Les écrivains nuisent gravement à la littérature, Cactus Inébranlable  éditions, Belgique, 2017.

Avec son nouveau livre qui vient d’être publié chez Cactus Inébranlable,  « Les écrivains nuisent gravement à la littérature », Éric Allard  nous livre une nouvelle facette de son talent.  Nous l’avions déjà apprécié comme poète, auteur de contes bref et critique littéraire...

© Page Facebook de l'auteur 

A présent, il nous présente un petit livre d’aphorismes, écrit avec une plume garnie d’une pointe bien aiguisée  dans la collection « Les p’tits cactus ». En exergue du manuscrit, l’auteur donne déjà un aperçu : « Pensées pour tous les auteurs d’aphorismes que j’ai croisé sur mes chemins de lecture.»

Avec un ton humoristique, l’auteur donne  son ressenti du monde littéraire. Malgré le ton piquant et volontiers léger, la lecture se révèle stimulante. On découvre un écrivain qui possède une belle maîtrise de l’écriture et une facilité à jongler avec les mots.

La composition et l’esprit du recueil révèlent une personnalité complexe, lucide, passionnée et sincère.  Il a choisi ici la dérision, l’ironie pour s’exprimer.
En voici quelques exemples :

Au supermarché, l’écrivain est celui qui dédicace ses tickets de caisse.
On ne tue pas un écrivain dans l’œuf ; on attend qu’il ait pris le melon.
L’écrivain suspecté de négritude doit montrer page blanche.
À la piscine, l’écrivain est celui qui possède un bonnet de bain imprimé des titres de sa bibliographie.
Un écrivain, en se précipitant la nuit pour noter une idée de récit, dévala l’escalier, perdit et l’idée et la vie.
Je connais un grand écrivain humaniste qui n’a jamais mis les mains dans une embrassade.

Dans ce livre, les écrivains sont décrits sous un angle parodique.

C’est un portrait littéraire qui égratigne subtilement un certain milieu pompeux et mondain.  Ses jeux de mots sont vifs, plaisants et son humour, souvent acerbe, fait mouche.

Les écrivains nuisent gravement à la littérature est un livre singulier, par son sujet, sa verve et l’acuité de son regard.  L’auteur nous donne un livre abouti à plus d’un titre. Il a déjà publié deux recueils de qualité : Penchants retors (Gros textes) et Les corbeaux brûlés (Ed. du Cygne).  

Éric Allard est un érudit qui œuvre discrètement depuis plusieurs années  dans le monde des lettres belges. Il le fait en toute liberté, en accord avec ses idées et ses convictions.  S’il écorne certains confrères, il le fait pour nous rappeler que l’écriture est avant tout un acte noble au service de l’être humain et non un privilège consistant à mettre en valeur son ego personnel.


Salvatore Gucciardo



Extraits d’ « À L’AUBE DES TRAVERSÉES » de MAKENZY ORCEL publié aux Éditions Mémoire d'encrier







À l'aube des traversées 



Pour Pierre-Richard, Fedner,
Damas, Schélomi Lacoste



hier encore
la main qui transitait la chute
singeait aussi l’étoile
je disais que l’image
avait ceci de suffisant
qu’elle est la progression tangible
de l’ailleurs et du tragique

le temps
était cette vielle coincée
entre la mort et la minijupe
de l’inconnue

terre transe
flottante
avide…

terre
coït
au risque de naître
à l’autre bout du signe

hier encore
tu roulais dans cette rue triste
parmi tant de tohu-bohu
de quotidiens de fortune
dans cette petite voiture blanche
qui crachait ton destin
par son tuyau d’échappement

terre précoce
telle l’apparition de l’inconnue
passerelle
vers nos vieux jours bleus

main
en furie sur
le clavier

musique
des tangages

terre
partout mienne

pirogue
sous les décombres
de l’enfance

patchwork fluvial
que le désir ébauche
dérive

ma plus lointaine
ombre

le corps fait
son ancrage du sol
ornière sanglante

lame qui baise
la ligne

terre
insomnie des mirages

miroir distillé
en d’infinies voiles
à l’aube
des traversées

nulle clarté
n’atteint le cri
nulle échancrure
le rêve

terre en nous
évadée
avec ses fantasmes
de puzzle

les vagues
dans leur infini étirement
théâtralisant
ta sève

ruissellement
de lucioles

le vent
célèbre
l’averse des branches
l’infinie chevelure
du vinyle brûlé

le vent vient
de tes yeux
métaphores marines

du signe surgit
la nuit des mangroves
la houle orgasmique
des dunes
des dieux

ce n’est pas toujours
avec du sang
qu’on pénètre
l’octobre des chutes

terre tarie
jusqu’au bâillement

éblouissante blessure
au déluge
des chants

volutes
mouillées de vulve
bouées à la mer

terre
nue
nouée à l’encre

terre
nuit
dont le fleuve
repeuple la fêlure

de la fulgurance étoilée
aux décombres
de l’image





Pour Franckétienne

abîme
jusqu'à la limite
et l’infinité

aile incessible
aux bleus
de la distance

le vent
quand la cime
ponctue la traversée

les routes fuient

encore des routes
et le froid déchire
l’image

blues
en milles gorges
d’insomnie

terre
fleur d’hématome

roulis intérieur

le temps bute
sur la page

feu émergé
de tes lèvres

fenêtre blessée

en tirant
la chasse d’eau
j’aspire à l’au-delà

l’eau dévoile
tes bruissements

la mort est le miroir
de l’immense

terre
damnée de l’étreinte

étale
étanche
en son cri

ailleurs

préfèrent
mes fuites

vestiges d’oiseau
que rythme
l’intime

terre
douloureuse traversée

le vœu transfuse
à la comète
l’allure des profondeurs

pierre
à tisser le feu courbé
de l’échine

le soleil ondule
au loin

le sang hostile
à la résonance
du baiser

le fruit
dans ta chute
ressemble plus à un îlot
qu’à un sein

éblouit la sève
telle l’absence
l’euphonie des armes

terre
qu’il nous reste
à raconter
avec des chants
sourds d’écume
des mots crevés

terre névrose

ressassement
de la houle




Pour Roland


aussi subtile
que la comète
l’eau ne transhumera jamais
nos solitudes
nos cris

l’eau se nourrit de larmes
se noue à la terre
et fait de la dextérité de l’araignée
sa dérive
ses rêves
de gribouillage

terre
épures d’yeux
épars sur la rive

vies
en cavale
offertes
à la cécité du sel marin

le chemin
est-ce l’oiseau
ou la fissure dans
le mur ?



Extrait d’ À l’aube des traversées et autres poèmes. Éditions Mémoire d’encrier, Montréal, 2017. pp 27-46.




À PROPOS DE L’AUTEUR :


© Christophe Cellier
Poète et romancier né en 1983 à Port-au-Prince, Makenzy Orcel fait ses études classiques au Collège Adventiste de Diquini et poursuit ses études à la Faculté de Linguistique Appliquée de Prince-au-Prince jusqu’à ce qu’il abandonne ses études pour se consacrer à la lecture et à l’écriture. Il est une des grandes promesses de la littérature contemporaine haïtienne. Il est l’auteur de plusieurs recueils de poèmes et de remarquables romans : Les immortelles (Mémoire d’encrier, 2010), Les latrines (Mémoire d’encrier, 2011), L’ombre animale (Zulma, 2016). Lui ont été décernées de nombreuses distinctions, dont les Prix Louis Guilloux et Littérature-Monde. Makenzy Orcel vit à Port-au-Prince.




VEINES MARBRÉES et autres poèmes de SALVATORE GUCCIARDO

© Salvatore Gucciardo Veines marbrées Blancheur De la volute Le graffiti illustre Le sfumato de l’âme ...